Hiromasa Yonebayashi porte son tout premier film à l’écran ! Préparez vous à entrer dans la bulle
d’Arrietty le petit monde des chapardeurs, dans un endroit intemporel coupé du reste du monde où
Shou, le protagoniste, aura l’opportunité de fuir la lassante réalité l’espace de quelques jours.
Nous avons là un concept pas si original, même s’il n’a pas été très exploité à ce jour.
Personnellement j’aime souvent ce type d’histoires, cependant, est-ce que le nouveau-né du Studio
Ghibli, a réussi à me faire l’apprécier ? En quelque sorte, oui. Avons nous ici un réalisateur digne de
prendre la relève de Miyazaki ? Enfin, jamais je n’ai voulu que quelqu’un le remplace. Et Arrietty le
petit monde des chapardeurs me fait en effet penser que vous ne verrez jamais un réalisateur
réellement capable de lui succéder.
On pourrait diviser le film en deux parties. La première nous montre une tranche de la vie des
chapardeurs, petites créatures empruntant aux humains ce dont ils ont besoin — c’est à dire,
presque rien. Le film commence d’une manière contemplative, utilisant un temps limité pour nous
montrer, nous expliquer, l’univers sensationnel des chapardeurs.
L’idée de décrire le monde du point de vue de petits bonshommes a déjà été utilisé plusieurs fois
dans le monde de l’animation néanmoins dans Arrietty, c’est particulièrement bien fait. Imaginez-
vous dans un monde où tous les autres sont grand comme la Tour Eiffel, imaginez-vous dans un
monde où un murmure de mon point de vue serait une détonation du votre, ne carressez plus les
chiens, contentez vous des insectes, ça y’est, vous êtes un chapardeur. Cette partie d’Arrietty était
plutôt agréable à regarder, avec beaucoup de détails amusant, par exemple la manière dont l’eau
coule dans le monde miniature qui m’a en plutôt marqué, même si ça paraît bête.
Ce que rend la première partie (et le film entier, en fait) remarquable est principalement ses
décors. Meilleurs que jamais dans un film Ghibli où les dessins ont pourtant peine à vieillir à
l’inverse de certaines autres anciennes productions. Malgré quelques effets de travelling
atrocement flous, chaque secondes est la découverte d’un nouveau incroyable dessin, que ce soit un
extérieur rempli de verdures, une pièce miniature ou le colossal monde des humains vu par
Arrietty. En outre, non seulement les images de synthèses ne sont utilisées que très peu souvent,
mais elle sont aussi incroyablement bien intégrée aux dessins traditionnels.
(Information : l’usage d’images de synthèse dans les dessins animés japonais s’est répandu dans
les années 2000 car elles permettaient de rendre à l’écran certains mouvements compliqués très
rapidement, cependant il a fallut un peu de temps avant que cette technique ne soit bien maîtrisée
et encore à ce jour une tonne d’œuvres en font mauvais escient)
De plus, alors que j’avais quelques craintes concernant la musique étant un fan de celle de Joe
Hisaishi (je précise que c’est le compositeur qui s’occupe des bandes son des Miyazaki), je dois
admettre que cette bande originale d’inspiration celtique est une VRAIE réussite. La musique de la
petite harpiste bretonne Cécile Corbel sonne bien moins « épique » que celle d’Hisaishi, et est
clairement plus une musique d’arrière plan, accompagnant le film, pas le menant comme le font
celles d’Hisaishi. Pour rester avec le son, le doublage original n’était pas mauvais, sans être
particulièrement remarquable, je noterai quand même la voix de Shou a un ton sacrément
monotone, mais que, vous le verrez, correspond plutôt bien au personnage.
Mettons cette digression sur la musique de côté et laissez moi vous dire ce qu’il en est de la
seconde partie. La fracture entre les deux parties du film peut être facilement repérée. À un certain
moment, le film intègrera des enjeux plus importants, des plus larges dimensions. A priori, cela
pourrait sembler excellent de laisser l’histoire devenir plus qu’une simple tranche de vie (même si,
de mon point de vue, c’est discutable), le problème est que, cela est en réalité pas très bien exécuté.
Vous regardez la première partie dans une bulle, contemplant le spectacle. Ensuite, la bulle éclate.
La transition entre les deux manque cruellement de finesse, de subtilité. Sans aucune justification
ou quoi que ce soit, un personnage figurant avec jusqu’à maintenant 1 minute de temps à l’écran
devient antagoniste principal, tirant son pouvoir d’une aversion nonsensique qui jaillit de nulle
part. De plus, l’exacte scène que je considère comme la séparation des deux parties est
problématique en elle même. Je fais référence à la scène du corbeau, qui n’avait pas sa place dans le
scénario. Celle là était trop inutilement violente, alors que la première partie était résolument
calme. Sans réel motif, elle casse l’état d’esprit du spectateur.
Mais à partir de là ce n’est pas la seule scène qui cloche. Je pense à une conversation entre les
deux protagonistes où les deux se jettent soudainement quelques répliques pseudo-écologiques à la
figure totalement, mais totalement hors du contexte. Je ne veux pas savoir si c’était pour montrer la
stupidité des personnages ou pour faire passer un message écologique et sauver le monde par la
même occasion, ça sonnait juste faux.
Et puis, il y a quelques incohérences dans Arrietty. Peut-être que ’est parce que des scènes venant
du livre ont été coupées dans l’adaptation (je dis ça parce que ces incohérences auraient facilement
pu être expliquées). La première que je veux faire observer c’est celle d’une porte fermée à clé, qui,
quelques minutes plus tard, se rouvre par magie. La deuxième, c’est à propos du fait que Shou
connaît l’emplacement de la cache des chapardeurs, ce qu’il ne devrait pas connaître. Ces deux
petites choses sont des incohérences qui non seulement auraient techniquement facilement pu être
expliquées, mais qui auraient DUES être expliquées. Malheureusement, elles ne l’ont pas été.
Quoi qu’il en soit, le plus grand problème du film, c’est son épilogue fataliste. Ce choix aurait pu
marcher si le film n’avait pas pris cette tournure plus sérieuse, sauf que ce n’est pas le cas. Tous les
enjeux ont été perdus, aucun défis n’ont été relevés, aucunes problématiques résolues. Arrietty a
délibérément pris de plus larges dimensions pour finalement retomber à plat et... échouer.
Enfin, « échouer » est un bien grand mot. Arrietty reste un film appréciable (principalement pour
sa première partie) que je ne déconseillerais à personne. En réalité, je recommanderais en fait à
quiconque s’intéressant au studio Ghibli de le voir et de se faire sa propre opinion, juste pour voir
ce que ce nouveau réalisateur a dans le ventre.
Et pourquoi pas, peut-être qu’un jour, vous aussi remarquerez des carrés de sucres disparaître
mystérieusement, ou entendrez les faibles vois de gens vivant dans le coin de votre chambre?
Add New Comment